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L'ORDRE DES SERVITES DE MARIE 

Au début du XIIIème siècle, existait à Florence une confrérie dite des "Laudesi" de la bienheureuse Vierge Marie dont le but principal était de chanter les louanges de la Mère de Dieu.
Sept marchands florentins, issus des meilleures familles de Toscane et membres de cette confrérie, décidèrent le 15 Août 1233, jour de l'Assomption de Marie, de renoncer au monde et de vouer leur vie à Dieu et à sa Sainte Mère.
Ils commencèrent par vendre leurs biens ou les distribuer aux pauvres puis le 3 Septembre de cette même année, mirent à exécution le projet qu'ils avaient conçu de vivre en communauté.
En 1234, alors que deux d'entre eux parcouraient les rues de Florence en demandant la charité, des enfants encore au sein de leurs mères se mirent à s'écrier en les montrant du doigt: "Voilà les Serviteurs de la Vierge, faites l'aumône aux Serviteurs de la Vierge !". Les Serviteurs ou Servites de Marie étaient nés.
Ils construisirent leur première église et des cellules en bois sur le Mont Senario près de la ville.
En 1239, le jour du Vendredi Saint, la Vierge se manifesta à eux et leur ordonna de porter un habit noir en mémoire de la Passion de son Fils, et de suivre la règle de Saint Augustin.
En 1255, le Pape Alexandre IV donna l'approbation définitive de l'Ordre, confirmée par Benoit XI en 1304.
Les Servites de Marie se répandent alors en Allemagne, en France et en Espagne. Au XIVème siècle, on peut dénombrer plus de cent couvents mais l'expansion est freinée par la Réforme Protestante, particulièrement dans le Nord de la France et en Allemagne.
 
 

C'est l'Italie qui continue à en assurer la prospérité car cet ordre religieux, riche et quelque peu particulier dans l'histoire des ordres réguliers, restera tant dans son esprit que dans son implantation géographique une émanescence de la grandeur spirituelle et artistique du Nord de l'Italie.
Un document de 1708 illustre tout particulièrement ce point en nous donnant la liste des quatorze provinces de l'Ordre, réunies à Rome pour le chapitre général de cette année là. Italie, Corse et Sardaigne rassemblent ainsi onze provinces et 91% des religieux, tandis que les trois autres provinces correspondent chacune à un pays entier: l'Espagne, la France et l'Allemagne.
La Corse y envoie le Révérend Père Malaspina assisté du Père Franceschi qui quittent Morsiglia au mois de Mai et séjourneront plus d'un mois dans la cité papale.
  
 
"Le plus riche couvent de CORSE"
 
Si l'on excepte l'installation des Servites à Ajaccio (où ils auraient fondé dès 1435 à l'emplacement de l'actuelle cathédrale un couvent disparu quelque temps après), c'est Morsiglia qui reçut le premier couvent de l'Ordre.
Les deux communautés de Centuri et Morsiglia ayant bâti une église dédiée à l'Annonciation, envoyèrent une délégation à Florence pour que les Servites acceptent d'en assurer la garde. Le 3 Juillet 1479, par acte du notaire Manfredino de Morsiglia, le Vénérable Père Matteo, docteur en théologie sacrée et le Père Francesco tous deux venus de Florence, prirent au nom de leur Ordre possession de l'église et du couvent tout récemment construits, couvent qui devint ainsi lieu de résidence du Vicaire Général de l'Ordre dans la province de Corse. Cette dernière se développa par la suite avec l'installation des Servites dans les couvents de Saint Antoine de Casabianca, Notre Dame des Grâces à Belgodère, Sainte Catherine de Sisco, l'Annonciation de Barrettali puis Saint Joseph à Bastia.
L'existence du couvent de Morsiglia suscite ferveur et vocation dans tout le Cap Corse, à une époque où la majorité des couvents -tant franciscains que capucins- n'existaient pas encore. Le Seigneur du Cap Corse, Giacomo da Mare, de son château de San Colombano, lui fait don dès 1489 d'une vigne qu'il possède à Centuri.
Le Père Cristofaro de Meria devient Vicaire Général de l'Ordre en 1557. Une de ses actions remarquables fut la création du "Libro rosso" actuellement conservé aux Archives Départementales de la Haute Corse (l'exemplaire conservé est une copie du XVIIème siècle) qui nous décrit au quotidien la vie de ce couvent, partagée entre agriculture, prière et spiritualité.
Cependant l'insécurité persistante en Méditerranée, en ce XVIème siècle, fait débarquer le 4 Mai 1560 vingt-deux galiotes barbaresques à Mute, marine de Morsiglia. Sous la conduite du renégat Mami Corso de Pino, les Infidèles attaquent le village de Centuri et particulièrement une tour fortifiée du hameau d'Ortinola. Le lendemain matin, ils s'en prennent au couvent qu'ils pillent et brûlent, y tuant deux moines avant de s'en aller vers le Sud.


Le couvent est alors reconstruit et agrandi, puis richement orné, la fin du XVIème et tout le XVIIème siècle étant caractérisés par un enrichissement considérable de certaines familles qui rivalisent pour donner ce qu'il y a de plus beau à leur couvent. Cette émulation est l'élément majeur dans le fait qu'il ait été décrit par plusieurs personnes (dont le Chanoine Casanova dans son "Histoire de l'Eglise Corse") comme le "plus riche couvent de Corse". Il y a en effet concurrence dans le même village, bien sûr mais aussi entre les familles de Morsiglia et de Centuri qui rivalisent de magnificence dans leurs dons des plus beaux objets mobiliers ou sacerdotaux, ainsi:
·       le 20 Août 1586 Francesco de Trelo (Centuri) apporte une chasuble de basin de fil et de coton blanc doublée de basin violet pourpre avec son étole et son manipule;
·       le 16 Février 1599 un certain Paolo Matteo de Morsiglia, à peine rentré des Indes Occidentales (Mexique) où il a été suivre les traces de Christophe Colomb, donne au couvent une lampe d'argent d'une valeur de 300 lires;
·       en 1616, Stefano Semidei de Pecorile (Morsiglia) fait don d'un pallium neuf de damas rouge et jaune, orné de franges de soie rouge et or avec ses cordelettes de la même couleur et frappé de ses armoiries;
·       en 1636, le patron marin Luca Franceschi de Bovalo (Centuri) apporte une couronne en vermeil, ornée de douze étoiles avec deux anges d'argent reposant sur la tête de la Vierge.
 
Nous avons pu recueillir un grand nombre d'exemples de la sorte. Toutes les familles laissent quelque chose: un cierge, une chasuble, une nappe d'autel, un tableau qui viennent embellir l'église et le couvent.
Certaines font même preuve de plus de grandeur et d'un goût évident, tant par l'ornementation de leurs chapelles latérales dans l'église que par la commande d'œuvres d'art qu'elles veulent [faire réaliser] à l'exemple des modèles conservés dans les plus belles églises d'Italie.
 
Signalons également que le maître stucateur Tomaso Mencacci travaille au couvent dès 1736 (il y réalise vraisemblablement les stucs ornant le réfectoire, la cellule du Vicaire Général et ceux de la sacristie) introduisant dans ce lieu de richesse et d'avant-garde les premiers éléments du barochetto qu'il développera avec éclat vingt ans plus tard en réalisant le décor de stuc, sublime et délicat, de la Chapelle Sainte Croix à Bastia.
 
Dans le domaine musical le couvent est aussi étonnamment à l'avant-garde puisqu'en 1557 il disposait déjà d'un petit orgue, communément appelé regale, qui venait agrémenter la célébration des offices. Fait ô combien significatif puisque la Cathédrale de Bastia, pourtant première église de Corse, n'en possédait pas. Ce regale sera dès 1605 remplacé par un orgue de quatre pieds de long, aujourd’hui disparu.
Le couvent abritait une statue de bois polychrome de Notre Dame des Sept Douleurs à laquelle par dévotion, nombre de paroissiennes léguaient des bijoux. Ainsi se constitua au fil des siècles un véritable trésor de près de deux cents pièces, auquel vint s'ajouter au début du XIXème siècle une pièce majeure qui n'était rien moins qu'une somptueuse bague ayant appartenu à la mère de Napoléon 1er. Cette collection, soigneusement conservée à Morsiglia, puis à Bastia dans un coffre de banque, a été dérobée il y a quelques années seulement.
 
La richesse du couvent était aussi constituée d'une part très importante de propriétés foncières provenant également de dons et legs: vignes et jardins qui, mis en location par bail emphytéotique, rapportaient chaque année des sommes considérables.
En résumé le couvent de l'Annonciation de Morsiglia était un couvent d'une richesse et d'une beauté peut-être inégalées dans l'île à chacune des époques qu'il a traversées, choyé par une population qui lui vouait un profond respect et une foi sincère, malgré quelques épisodes douloureux...
 
1641-1792 entre deux expulsions,un siècle et demi de croyance.

L'année 1641 représente une date charnière dans l'histoire du couvent. Au mois d'Avril, les populations de Morsiglia et Centuri scandalisées par le comportement des moines et particulièrement par celui du vicaire général, Fra Filippo de Sienne, expulsent les moines du couvent et y introduisent en leur lieu et place des Pères Franciscains. Scandale, réprobation. Le Général de l'Ordre, Angelo Maria Berardi, ordonne depuis son couvent de Bologne une enquête qu'il confie au Père Bernardino Mariani de San Martino (Italie). Celui-ci, secondé par deux Pères génois, réussira à replacer, après de nombreuses péripéties et non sans mal, le couvent en possession des religieux de son Ordre.
 
Suite à cet avertissement, la deuxième moitié du XVIIème siècle sera consacrée à l'amélioration du clergé, de son mode de vie et de son comportement. Régulièrement, des décrets réglementent la vie religieuse, l'obligation de la prière, du chant, et de la présence obligatoire de tous aux offices et au réfectoire. Ils interdisent le port d'armes, l'introduction des femmes dans le couvent et dans les cellules, et traitent de l'argent provenant des quêtes ou de celui recueilli pour la célébration des messes funéraires.
De nets progrès se font sentir au fil des années et l'Ordre retrouve son crédit auprès de la population des deux villages. Alors que cette dernière n'avait plus fourni un seul moine depuis le début du XVIème siècle -et ceci bien que le couvent ait été le principal couvent de noviciat des Servites en Corse- les vocations reprennent avec l'accueil, le 5 Mai 1658 du jeune Bartolomeo Franceschi, de Centuri, pour une année de noviciat.
 
Ordonné prêtre le 20 Juin 1660 il sera, avec les Pères Giovanni et Giacomo Filippo Agostini de Centuri qui le suivent de près, à l'origine du renouveau spirituel qui s'installe au couvent. En 1664, la moitié des moines sont Corses et tous originaires de Centuri ou Morsiglia. En 1720, un seul des sept pères n'est pas Corse. En 1766, ils le sont tous.
 
Le susdit Père Franceschi est d'ailleurs Vicaire Général des Servites en Corse de 1674 à 1691 presque sans interruption. Il décède au couvent en 1703 mais aura eu le temps de préparer l'avenir de tous ses successeurs qui feront grande figure dans l'Ordre jusqu'à porter l'un d'eux en 1814, et alors même que le couvent a fermé ses portes, au Généralat des Servites à Rome en la personne du Père Etienne Antonmarchi.
 
 
Esprits curieux de tout et d'une grande érudition, les moines observent et prennent parfois note des choses qui leur semblent dignes d'intérêt comme certains phénomènes météorologiques ou les prises extraordinaires faites par les pêcheurs du port de Centuri, voulant ainsi attester et inscrire pour la postérité les faits remarquables de leur époque.
Cette période de grande religiosité est même ponctuée par des miracles, comme le 31 Juillet 1684 où quelques enfants de Morsiglia, qui se trouvent dans l'église en attendant qu'on leur fasse l'école, assistent médusés à la scène suivante : le tableau de l'Annonciation situé au-dessus du maître autel sort de son encadrement et, sans renverser ni fleur ni chandelier, se pose droit et sans aucun appui sur le côté de la table d'autel...
Ce tableau miraculeux, pieusement conservé depuis lors, a été vendu récemment...
Le couvent est également l'endroit où venait prier en extase la tertiaire Angela Marcantoni de Centuri, morte en odeur de sainteté le 26 Juin 1706 et ensevelie dans cette chapelle de Notre Dame des Sept Douleurs qu'elle vénérait tant.
Mais malgré ferveur et croyance l'Histoire dicte ses lois. Le 9 Juin 1790 on impose la fermeture du "Libro rosso". Le 21 Mars 1791 on dresse l'inventaire des biens pour être saisis malgré l'opposition de certains moines et les réticences du capitaine de la milice révolutionnaire, un Morsigliais dont le grand'oncle même avait été moine au couvent.

En 1792 les religieux sont expulsés, le dernier acte en notre possession datant du 23 Janvier de cette année là.

Ainsi s'achèvent plus de trois siècles d'histoire que nous avons pu reconstituer avec fidélité, respectant l'esprit du premier rédacteur du "Libro rosso" qui, s'adressant au futur lecteur lui dit, en préambule: "Par ce livre nouveau, te seront décrites, ô affable lecteur, les antiques dévotions... pour que par ces pages, tu puisses doctement t'instruire et qu'instruit et inspiré de tout cela... tu puisses par tes actes et avec un grand zèle... poursuivre l'oeuvre de Dieu".
 
Jean-Christophe LICCIA
Mai 1993
(extrait d'une "Histoire du Couvent de Morsiglia" en cours de préparation)

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